2016

La diffi­culté de l’écri­ture

Depuis l’en­fance, je suis un touche-à-tout, un auto­di­dacte dans le domaine des arts, au sens large du terme — n’en déplaise aux puristes de la séman­tique —, et tout natu­rel­le­ment je me suis essayé à diffé­rentes disci­plines : le dessin, la pein­ture, la musique, la photo­gra­phie, le cinéma, l’in­fo­gra­phie et l’écri­ture. (Je crois même que j’en ai oublié, mais passons.) Bien sûr, je ne prétends pas tout savoir et encore moins maîtri­ser chaque matière expé­ri­men­tée ou avoir la science infuse, mais chacun de ces domaines ne m’est pas étran­ger. Donc, en rédi­geant ce qui va suivre, j’ima­gine déjà par avance un certain nombre de lecteurs érudits, tous derrière leur écran, prêts à affû­ter leur plume numé­rique — le clavier — pour réfu­ter et contre­dire, voire contes­ter mes propos.  Ainsi, de toutes les disci­plines artis­tiques que je connais, je trouve que l’écri­ture est celle qui demeure la plus austère et la plus rudi­men­taire, la plus complexe et la plus labo­rieuse, celle qui demande beau­coup d’in­ves­tis­se­ment intel­lec­tuel et imagi­na­tif pour réus­sir un projet litté­raire ou poétique sur du long terme. Oui, l’écri­ture est un art. Un proces­sus dont les prémices concluantes de la produc­tion peuvent se révé­ler satis­fai­santes bien des années après, voire jamais. Atten­tion, je ne parle pas d’écri­ture admi­nis­tra­tive ou de grif­fon­nage ; de textes « SMSiens » ou de compo­si­tion de cour­riels profes­sion­nels. Non, je plaide bien pour l’écri­ture litté­raire et pour ce qui s’y appa­rente.

L’écri­ture est une disci­pline artis­tique sans arti­fice, sans trom­pe­rie et surtout sans compro­mis­sion dans laquelle l’au­teur est seul face à la page blanche ; seul face à lui-même, en grande conver­sa­tion avec son esprit. Non pas qu’il ne sache pas y appo­ser des mots pour élabo­rer un texte, mais plutôt qu’il ne peut nulle­ment tricher avec son intel­lect. Il doit écrire de l’im­pal­pable et du fugace avec des mots de son propre cru. Seul derrière son bureau. Ou sur la terrasse d’un café. Mais soli­taire. Personne pour l’ai­der ou l’en­cou­ra­ger. Au contraire, il s’isole dans son univers. Impé­né­trable est son monde dans lequel vivent person­nages et héros dans des décors uniques ou fantas­ma­tiques : les siens. L’écri­ture demande beau­coup de dévoue­ment et de pratique ascé­tique ; être un auteur, c’est s’adon­ner au sacer­do­tal.

La disci­pline est peu coûteuse au niveau maté­riel : du simple papier et un stylo. Deux objets qui vont contri­buer à la nais­sance d’une nouvelle, d’un roman, d’un essai, d’une poésie, d’un haïku. De l’im­ma­té­ria­lité de l’ima­gi­na­tion, il advient du tangible par la calli­gra­phie. Aucuns gadgets. La seule richesse que l’au­teur possède : son esprit, ses facul­tés intel­lec­tuelles et son expé­rience person­nelle ! Sa tech­no­lo­gie de pointe : la créa­ti­vité ! Rien que cela. Grâce à sa culture géné­rale, sa rhéto­rique, sa flui­dité rédac­tion­nelle, l’écri­vain rédi­gera sa prose aisé­ment. Sinon, à l’in­verse, son cerveau, tel un méca­nisme rouillé et grippé, sera son pire cauche­mar. La main fébrile, indé­cise et angois­sée lais­sera accou­cher sur le papier — ou soyons plus moderne, sur l’écran — , des mots hési­tants, égarés, inap­pro­priés.

L’écri­ture est une disci­pline intel­lec­tuelle mais égale­ment spor­tive car personne ne se lance dans un tel projet sans un entraînement préa­lable. Pour réus­sir, il faut en amont défi­nir un objec­tif. Sinon, la route sera trop longue et le candi­dat s’épui­sera avant même de fran­chir la ligne d’ar­ri­vée. L’écri­ture demande beau­coup de sacri­fices. Du temps. Énor­mé­ment de temps. De la sueur, des pleurs et des colères. Mais pour l’au­teur, au final, après avoir relevé le défi, remporté la compé­ti­tion, l’écri­ture procure surtout de la joie, la satis­fac­tion du travail accom­pli, un bien-être, mais aussi de l’éton­ne­ment après la lecture de sa produc­tion. Une libé­ra­tion. Mais… comment suppo­ser ensuite que le simple fait d’écrire permet de s’ex­pri­mer de façon intel­li­gible auprès d’un lecto­rat ? Car dans la fina­lité du proces­sus, écrit-on pour un public ou pour soi-même ? L’ap­pré­cia­tion person­nelle de ses propres capa­ci­tés céré­brales est-elle de les ampli­fier en raison d’une outre­cui­dance et une présomp­tion de soi-même. Ou au contraire, de les mini­mi­ser de manière à les refou­ler dans sa chair et en refu­sant ses ambi­tions litté­raires. L’au­teur est-il le prota­go­niste d’une desti­née d’illustre écri­vain ou d’un obscur inconnu aban­donné sur le bord du chemin de la litté­ra­ture ? Une ques­tion dont lui-même n’a pas la réponse !

Écrire, c’est médi­ter sur les pensées ; écrire, c’est réflé­chir sur les mots qui touchent et sensi­bi­lisent chacun d’entre nous. L’écri­ture nous rend si humain. Donc si impar­fait. L’au­teur avec ses textes se met à nu devant les lecteurs, lesquels, en lisant  sa créa­tion auront un juge­ment subjec­tif et impar­tial ; une consé­quence inévi­table dans le méca­nisme de la lecture ; un avis sur le sujet ; une opinion sur le texte. Des senti­ments iden­tiques pour un public admi­ra­tif ou non dans toutes les disci­plines artis­tiques — en consi­dé­rant qu’il y du travail, du talent et de la qualité. Nous sommes humains, n’ou­bliez donc pas… des êtres avec beau­coup de défauts et peu de quali­tés.


Photo :  ©LibelSanRo | pixa­bay.com – le site de la photo­graphe : LibelSanRo


 

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