À savoir,  En 2020

Poésie ? Qui parle de poésie ? Vous parlez de poésie ?

Ce matin aux aurores, en buvant mon café chaud, je me suis dit que cela serait bien de grif­fon­ner une petite chro­nique pour le blog car depuis quelques semaines, je n’ai rien rédigé. Ce n’est pas que la moti­va­tion me manque mais parfois elle n’est pas au rendez-vous. Il arrive même que les idées de sujet s’ab­sentent de mon esprit. Une sorte de trou noir intel­lec­tuel dans lequel toute lueur d’ima­gi­na­tion et de créa­ti­vité est absor­bée par ma paresse. Alors, il me faut des nuits d’in­som­nie comme celle que je viens de passer pour me déci­der à me mettre devant l’or­di­na­teur. Puis de l’al­lu­mer (plus pratique) pour écrire ce qui me passe par la tête.

Sans vouloir entrer dans les détails de ma vie person­nelle car tout le monde s’en fiche, pour vivre de mon art (comprendre faire bouillir la marmite et payer les factures), j’anime des ateliers poétiques durant les vacances esti­vales. Ainsi, chaque mardi et mercredi après-midi, dans le cadre d’ani­ma­tions artis­tiques, cultu­relles et spor­tives dans les quar­tiers d’une agglo­mé­ra­tion val-de-marnaise, je propose aux habi­tants d’ex­pri­mer leurs émotions ou leurs senti­ments sous la forme d’un poème puis de l’af­fi­cher sur une fresque. Au fil des semaines, je me suis rendu compte que les adultes avaient parfois du mal à exté­rio­ri­ser ce qu’ils ressen­taient. Autant les enfants, lorsqu’ils ont une idée en tête ou qu’ils savent ce qu’ils vont rédi­ger, ils y vont cash. Il n’y a pas de faux-semblant. De même s’ils ne souhaitent nulle­ment parti­ci­per à l’ate­lier pour diverses raisons, c’est toujours un NON défi­ni­tif et sans compro­mis. Quant aux adultes, c’est une autre histoire. Pour ne pas me frois­ser ou tout simple­ment pour éviter l’écri­ture d’un texte, ils tentent des subter­fuges maladroits. Le plus courant est celui-ci : « Pas mal du tout le prin­cipe des poèmes mais je vais juste faire un tour des stands et puis je revien­drai plus tard. » Ou encore celui-là : « Je ne suis pas inspiré. Je fais un tour pour réflé­chir et je reviens. » Évidem­ment, ils ne reviennent jamais.

À vrai dire, cela me rappelle lorsque dans une autre exis­tence moins palpi­tante et plus stres­sante pour moi, je fus vendeur de télé­vi­sions confronté à des clients indé­cis. Je vous vois venir, vous vous deman­dez quel rapport y a-t-il avec la poésie ? Eh bien les excuses que les personnes expri­maient pour justi­fier leur départ du rayon sans avoir à ache­ter le télé­vi­seur : « Je reviens, je vais juste faire un tour pour réflé­chir » ou « Je repas­se­rai plus tard » ou encore « C’est juste pour avoir des rensei­gne­ments. » Bien entendu sur mes ateliers poétiques, je n’ai pas eu encore de personne me deman­der des éclair­cis­se­ments sur une tech­nique d’écri­ture pour un poème et puis repar­tir sur le champ après avoir obtenu l’in­for­ma­tion : « Bonjour, je voudrais savoir comment on écrit un sonnet ou un acros­tiche ? Merci et au revoir. »

Je me rends compte que les adultes et les adoles­cents ont une approche parti­cu­lière avec la poésie. Pour la grande majo­rité d’entre eux, ce mode d’ex­pres­sion les rebute pour diverses raisons liées en grande partie à l’ap­pren­tis­sage de la disci­pline à l’école. Parfois aussi par mécon­nais­sance des styles exis­tants ou par manque de pratique. J’avoue que décla­mer un poème pour dire à son patron qu’il nous les casse n’est pas chose commune. Encore moins de râler en alexan­drin auprès d’une admi­nis­tra­tion ou de dire un haïku quand votre belle-mère vous raconte sa vie. Mais les enfants, eux dès leur plus jeune âge sont prédis­po­sés à la décou­verte de la poésie à condi­tion que dans le mode de créa­tion, personne ne les condi­tionne ou ne les dégoûte. Ils n’ont aucun préjugé sur la poésie. Et dire que dans l’An­tiquité grecque, toute expres­sion litté­raire (art oratoire, chant ou théâtre, oui car le roman n’exis­tait pas à cette époque… pas de Musso, Lévy et compa­gnie) était quali­fiée de poétique. Et puis l’éty­mo­lo­gie de poésie vient du mot grec antique poiê­sis qui signi­fie créa­tion. Il n’y a qu’à lire L’Iliade et l’Odys­sée d’Ho­mère ou même la Bible (alors là pour être honnête, je n’ai pas dépassé l’An­cien Testa­ment… et encore, pas plus d’une centaine de pages) pour se rendre compte que toutes créa­tions litté­raires n’étaient que poésie dans laquelle il y avait une réelle musi­ca­lité des mots. Bon, sans faire dans le lyrisme ou le gars exalté de vers, je dirai que la poésie est un mode d’ex­pres­sion permet­tant de parta­ger des obser­va­tions, des émotions ou des senti­ments en peu de mots. Il n’y a pas besoin d’écrire un roman pour dire ce que nous pensons ou ce que nous ressen­tons.

Pour finir et parce que j’ai trouvé cette phrase assez vraie, Voltaire écri­vit dans Mélanges de philo­so­phie, de morale et de poli­tique : « Un mérite de la poésie dont bien des gens ne se doutent pas, c’est qu’elle dit plus que la prose, et en moins de paroles que la prose. » Ce n’est pas pour rien que j’ap­pré­cie le haïku où l’au­teur doit expri­mer sa pensée le temps d’un souffle : 17 syllabes, pas plus et pas moins ! Et vous ? Quel mode d’ex­pres­sion préfé­rez-vous ?

Allez petit bonus car je trouve ce para­graphe dans Mélanges de philo­so­phie, de morale et de poli­tique de Voltaire telle­ment juste : « On demande comment la poésie étant si peu néces­saire au monde, elle occupe un si haut rang parmi les beaux-arts. On peut faire la même ques­tion sur la musique. La poésie est la musique de l’âme, et surtout des âmes grandes et sensibles. » Après cela que dire de plus… ne plus rien dire, juste me taire.

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