Poèmes

Putain de dos !

Sous mes pieds
le parquet se dérobe,
à peine le temps de ressen­tir
mes jambes trem­bler 
et déjà mon corps vacille ;
aucun appui pour être debout
que la chute libre pour réponse,
m’écrou­ler sur moi-même
et entendre un léger bruit sourd
au contact du sol
et puis plus rien.

être sur le parquet de tout mon long

Être immo­bile
me sentir para­lysé
tout est figé autour de moi
mais le temps 
au-dehors de la pièce s’égrène ;
le monde conti­nue sa danse
la mienne vient de s’in­ter­rompre ;
tout ce qui m’en­vi­ronne m’op­presse
et de mon champ de vision à la verti­cale,
ne visua­li­ser que le tapis, les pieds des meubles
et un coin de la porte-fenêtre,
la vue m’étouffe.

inspi­rer un bon coup et reprendre mes esprits

Les orteils, les jambes peuvent remuer
et les doigts de mes mains aussi,
les bras gesti­culent encore
mais le bassin reste silen­cieux,
le dos figé comme du roc,
ma tête para­ly­sée
et me dire…
mais quelle conne­rie.

invec­ti­ver mon corps
avoir la rage d’être dans cette posi­tion
tenter de remuer le bas-ventre
mais pour seule réponse,
une brusque douleur des lombaires
parcou­rant la colonne verté­brale ;
les muscles se crispent, 
mon visage se contor­sionne,
rictus  en m’épou­mo­nant 
pour exha­ler la souf­france 
en trai­tant tous les dieux de salaud.

la douleur s’éclipse et mes muscles se détendent,
court répit avant la prochaine contrac­tion

La para­ly­sie est totale,
posi­tion de mon corps 
en chien de fusil
sur le flanc droit, 
ça m’aide à moins souf­frir,
mais juste un peu ;
se sentir faible et impuis­sant,
pas moyen de m’ap­puyer 
ni sur les avant-bras
ni sur les coudes
juste ressen­tir les muscles s’an­ky­lo­ser,
les minutes s’af­fichent sur l’hor­loge numé­rique
et en s’écou­lant, elles ne sont pas en ma faveur.

Me dire que ce n’était pas une si bonne idée
de passer l’as­pi­ra­teur cet après-midi,
alors que je l’avais déjà passé la veille,
juste pour quelques moutons 
et des cheveux sur le parquet.

 
Poème de Jean-Michel Léglise – novembre 2020