À savoir,  Poèmes

Il n’y a plus qu’un mot à rete­nir dans ta tête : auto­cen­sure ! Et sois doci­le…

Hep l’ami, 
à toi qui lis ces lignes,
ne choi­sis pas la voie de la poésie,
c’est une très mauvaise idée
car le métier d’écri­vain en 2021
devient un exer­cice périlleux
et le pratiquer devient dange­reux ;
la menace ne provient pas de tes outils,
oh que non !
Ils pour­ront être utiles :
stylo à bille, stylo à plume
ordi­na­teur, smart­phone
ou tablette
mais plutôt de tes phrases cise­lées,
celles que tu lais­se­ras traî­ner 
derrière toi sur le chemin.
 
Il n’y a plus qu’un mot 
à rete­nir dans ta tête : 
auto­cen­sure !
Et sois doci­le…
 
Dis-toi que
tes critiques,
tes réflexions, 
tes sugges­tions, 
tes points de vue, 
tes inter­ro­ga­tions,
ou tes inspi­ra­tions
que tu parta­ge­ras avec le public
pour­raient s’avé­rer être des armes,
des indi­vi­dus pour­raient s’en servir 
pour commettre ton meurtre social ;
mais tu pour­rais 
tout aussi bien
les retour­ner contre toi
pour accom­plir
ton suicide social.
 
Il n’y a plus qu’un mot 
à rete­nir dans ta tête : 
auto­cen­sure !
Et sois doci­le…
 
Hep l’ami,
si tu penses qu’au XXIe siècle
tu peux abor­der tous les thèmes
qui te tiennent à cœur,
tu me sembles bien naïf ! 
Et si tu as déjà publié des ouvrages,
ne te crois pas à l’abri 
de l’au­to­dafé des bien-pensants,
si tes propos ne sont pas en accord 
avec la morale contem­po­raine, 
impo­sée par la cancel culture,
moins déclenche des aver­tis­se­ments
et les lecteurs sensibles,
elle te critiquera et te jugera 
au moindre faux pas !
Si tu oses te bala­der
sur les sentiers battus 
de la provo­ca­tion,
la société te bannira !
Elle exècre
les trublions de mots,
elle déteste
les agita­teurs d’idées,
elle abomine 
les contes­ta­taires de l’ordre établi,
contre les artistes
irré­vé­ren­cieux et margi­naux,
ses garde-fous sont présents ;
alors oublie les sujets polé­miques
et n’em­prunte
que les chemins
des moutons.
 
Il n’y a plus qu’un mot 
à rete­nir dans ta tête : 
auto­cen­sure !
Et sois doci­le…
 
Si tu penses être tranquille 
sur les réseaux sociaux,
sache qu’ils sont deve­nus
les zincs des esta­mi­nets
où les inter­nautes débla­tèrent
en s’abreu­vant d’es­prit-de-vin 
à base de poli­tique­ment correct
avec un degré assez fort de bien-pensance,
leurs idées, leurs prin­cipes et leurs idéaux
en espé­rant les impo­ser 
à la majo­rité silen­cieuse ;
après s’être enivrés,
les lobbyistes de comp­toir 
aspirent à chan­ger la société
selon leurs convic­tions
et leurs conve­nances
en reje­tant les tiennes 
et le passé ;
regarde-les décla­mer haut et fort 
le poème de la norma­lité du présent.
 
Il n’y a plus qu’un mot 
à rete­nir dans ta tête : 
auto­cen­sure !
Et sois doci­le…
 
Alors mon ami,
sache que pour ces lobbyistes 
de la pensée unique,
ta liberté d’ex­pres­sion,
ta liberté de parole,
ta liberté de créa­tion,
ce n’est qu’un espace déli­mité 
devant l’en­trée de leur esta­mi­net
sur lequel ils essuient leurs godillots
cras­seux de certi­tudes et de convic­tions ;
l’es­pace de liberté 
pour l’ar­tiste est devenu étroit.
 
Il n’y a plus qu’un mot 
à rete­nir dans ta tête : 
auto­cen­sure !
Et sois doci­le…
 
Mais si tu acceptes cela,
l’au­to­cen­sure et la doci­lité,
alors mon ami,
tu n’as pas la voca­tion 
pour être un artiste !
change de chemin et suis-les…
Pour ma part…
ne rien lâcher,
ne rien accep­ter 
toujours être 
à la marge de la société
pour avan­cer !
 
Hep l’ami,
tu peux me croire,
je n’ai pas ce mot en tête
et plutôt crever que d’être docile !
 
Poème de Jean-Michel Léglise – mars 2021

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