Les grues de Pompi­dou vues par Jean Legros et Philippe Cousin


La Plume Culturelle / vendredi 20 juin 2014

Depuis le 2 mars dernier et jusqu’au 29 mai prochain, la gale­rie Shimoni à Monti­gny-lès-Metz propose une expo­si­tion où la pein­ture de Jean Legros et les photo­gra­phies de Philippe Cousin se complé­mentent avec subti­lité. Le sujet ? Les grues de Pompi­dou. La source d’ins­pi­ra­tion du premier se situe à Paris en 1975. Pour le second, le lieu immor­ta­lisé est à Metz depuis 2006.

Rien ne prédes­ti­nait certaines œuvres du peintre Jean Legros, disparu en 1981, et quelques-unes du photo­graphe Philippe Cousin à coha­bi­ter un jour le temps d’une expo­si­tion. Et pour­tant, depuis début mars et jusqu’au 29 mai 2010, le public peut contem­pler à la gale­rie Shimoni, à Monti­gny-lès-Metz, le travail rassem­blé de deux artistes dont la source d’ins­pi­ra­tion a été consti­tuée par les grues du centre Pompi­dou. Pour le premier, c’est en 1975 à Paris lorsque Beau­bourg sort de terre. Pour le second, elle date de 2006 à Metz lorsque son petit frère voit le jour. Il n’aura pas fallu long­temps à Hervé Shimoni, le patron des murs, pour réali­ser le pari peut-être osé d’as­so­cier un illustre peintre avant-gardiste et un photo­graphe lorrain.

Deux mondes : la pein­ture et la photo mais un unique sujet
Trente ans d’in­ter­valle entre les deux chan­tiers, la complé­men­ta­rité dans la produc­tion artis­tique des deux hommes concer­nant les grues consti­tue une évidence visuelle. « Quelque chose se révèle et se complète dans le travail de ces deux artistes », signale Hervé Shimoni, patron de la gale­rie d’art, qui précise : « Lorsqu’on voit les photos de Philippe Cousin, les obliques et les diago­nales de ces ‘‘ grandes dames ’’ les grues, puis qu’on découvre la pein­ture de Jean Legros juste derrière, on comprend immé­dia­te­ment l’œuvre du second ». Si les clichés immor­ta­lisent une période éphé­mère, le temps de la construc­tion du Centre Pompi­dou Metz, ils se regardent comme une pein­ture. Quant au contenu des toiles peintes, il se carac­té­rise plutôt par des formes géomé­triques dont chaque bande colo­rée revêt pour l’ar­tiste une signi­fi­ca­tion parti­cu­lière. « Rien n’est dû au hasard et surtout pas dans l’art abstrait », souligne le gale­riste.

Sauve­gar­der une mémoire sur une période défi­nie 
Si Jean Legros appar­tient à la caté­go­rie des repré­sen­tants majeurs de l’art concret en France, Philippe Cousin ne se réclame pas de l’uni­vers des artistes. Aussi four­nit-il dans son art une percep­tion moins forma­tée grâce à un regard diffé­rent et naïf. Pour ce chef d’en­tre­prise messin la photo demeure une passion, une échap­pa­toire. Depuis cinq ans, il s’ap­plique à réali­ser des photos d’œuvres d’ar­tistes qui  lui permettent, dit-il, d’en­tre­te­nir une rela­tion privi­lé­giée avec la matière. En ce qui concerne les grues du Centre Pompi­dou Metz et le person­nel qui travaillait sur le chan­tier, son inté­rêt rési­dait dans le désir d’im­mor­ta­li­ser avant tout cet envi­ron­ne­ment limité dans le temps, plus que le bâti­ment en lui-même. « Je voulais sauve­gar­der une mémoire concer­nant une période défi­nie », raconte le photo­graphe. Aussi, sur chaque photo, figure « soit une grue, soit un élément méca­nique ou alors un élément physique qui consti­tue la struc­ture cultu­relle », signale-t-il encore. Son travail a pris fin l’an­née dernière lorsque la dernière struc­ture métal­lique a été démon­tée.

Souve­nir… souve­nir !
Si toute­fois les œuvres de Jean Legros ne vous parlent pas ou vous semblent incom­pré­hen­sibles, visi­tez l’ex­po­si­tion car elle vous permet­tra de vous remé­mo­rer à travers les photos de Philippe Cousin, les quatre ans qu’aura duré le chan­tier du Centre Pompi­dou-Metz. Une période éphé­mère que les géné­ra­tions futures ne connaî­tront pas… Mais nous si, et rien que pour cela, le dépla­ce­ment vaut le coup.


Article publié le 26 mars 2010 dans le bimé­dia lorrain La Plume Cultu­relle.

Photo : ©LPC – Le travail des deux artistes à trente ans d’in­ter­valle sur le même sujet : les grues de Pompi­dou.